SUZANNE VEGA
Suzanne, pour ceux de ma génération, c'est d'abord une chanson de Leonard Cohen. Pour les amateurs de musique californienne, ce peut être aussi l'épouse et muse de Jesse Colin Young qui lui consacra plusieurs chansons.
Depuis un jour de décembre 1987, pour moi, c'est d'abord Suzanne Vega.
Je venais de m'offrir pour Noël mon premier lecteur CD mais, dans la petite ville d'Argonne où j'habitais, il était impossible de se procurer un CD. Aucun magasin n'en vendait encore. Mon marchand de lecteur me prêta un Fleetwood Mac ("Tusk" ?) et un Roxy Music ("Avalon") pour me permettre d'essayer mon nouveau jouet (avec changeur 6 CD) pendant le weekend.
Vint la reprise du travail la semaine suivante. Je me rendis dans un hypermarché de la capitale de Champagne-Ardenne où je fis l'acquisition de mes 2 premiers CD: "A Momentary Lapse Of Reason" de Pink Floyd et "Solitude Standing" de Suzanne Vega.
Je ne connaissais cette dernière que de nom, pour avoir lu une critique de son premier album dans Rock & Folk. Je savais que c'était une chanteuse (qui écrivait son répertoire) de Folk de New York, and that was all, folks!
Le premier disque que je mis sur ma platine fut le sien. Et là, ce fut une révélation. Un ton bien à elle, une guitare acoustique omni-présente et mise en valeur par des orchestrations plus musclées sur les titres le justifiant, une voix feutrée et expressive. Bref, Suzanne était à l'opposé de ce que je n'aimais pas dans le folk féminin à l'époque (j'avais du mal à supporter les effets de voix de Joan ou Judy et je préférais les artistes ayant une couleur plus "blues", à l'image de leurs homologues masculins).
Que dire d'autre de ce disque? Le titre d'ouverture (et de conclusion), "Tom's Dinner" mettait dans l'ambiance, hommage en forme de ronde enfantine à un "Coffee shop". Le titre fort était "Luka", avec ses arrangements où la guitare électrique établit un climat dramatique sur un thème difficile ("l'abus" des enfants). Le morceau titre, "Solitude Standing", "Ironbound / Fancy Poultry" sont du même niveau, alors que d'autres, plus dépouillés, sont plus dans la veine du premier album de la dame.
Ce premier album, titré simplement "Suzanne Vega", je l'ai découvert peu après. Un peu moins "fort" que son successeur, il n'en est pas moins une première oeuvre parfaitement réussie, d'une grande maturité, avec notamment le titre "Marlene On The Wall".
Et Suzanne a poursuivi son petit bonhomme de chemin, discrètement, nous offrant 4 autres albums, le dernier en date (2001) étant l'excellent "Songs In Red And Gray". Pas envahissante, Madame Vega.
Et puis, surprise! La semaine dernière, lors du journal vespéral de TF1, j'entends le nom de Suzanne Vega à qui un reportage était consacré à l'occasion de la sortie de son septième album, 6 ans après le précédent.
Je suis sûr que notre attente n'aura pas été vaine...